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Book Review: Le Sentiment du fer, Jean-Philippe Jaworski

JAWORSKI, Jean-Philippe, Le sentiment du fer, Bordeaux, Les moutons électriques, coll. « Hélios », 2015, 208 p.
JAWORSKI, Jean-Philippe, Le sentiment du fer, Bordeaux, Les moutons électriques, coll. « Hélios », 2015, 208 p.

Titre : Le Sentiment du fer

Auteur : Jaworski, Jean-Philippe

Série : Récits du Vieux royaume, 1.5

Rating : 4 étoiles ; 8.5/10

Genre : Fantasy, nouvelles

Langue originale : Français

Édition originale : Les moutons électriques

Description : Retour au Vieux Royaume ! « J’ai quand même un ragot à vous servir, et du lourd ! Figurez-vous que ce n’est point avec moi que les elfes ont commencé à grenouiller dans les affaires de l’État. Bien loin de là ! Il y a deux bons siècles, déjà, au moment de l’Émancipation de Ciudalia, ils nous ont joué un tour à leur façon. Et les marles en tâtent tellement pour la barabille que l’un d’entre eux, sans même pointer son joli minois dans notre belle cité, nous a tous jetés dans une sacrée flanche ! Jugez-en par vous-même. »


Le Sentiment du fer est un recueil de cinq nouvelles de fantasy se situant dans l’univers du Vieux Royaume déjà exploré dans Janua Vera [review] et Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski. Il se situe, chronologiquement, avant Gagner la guerre, puisque la guerre n’y est pas encore gagnée.

Le sentiment du fer

JAWORSKI, Jean-Philippe, Gagner la guerre, Bordeaux, Les moutons électriques, 2014 [2009], 688 p.
JAWORSKI, Jean-Philippe, Gagner la guerre, Bordeaux, Les moutons électriques, 2014 [2009], 688 p.

Comme je me suis attaquée à ce recueil parce que j’avais envie de lire du Jaworski sans me taper 1000 pages, c’est avec plaisir que j’ai renoué avec Ciudalia et la Guilde des Chuchoteurs (sans parler de l’écriture). Toutefois, d’un point de vue plus rationnel, je ne peux m’empêcher de penser que cette nouvelle éponyme ressemble beaucoup à Gagner la guerre (si ledit livre faisait une soixantaine de pages plutôt que 1000). Le lieu de l’intrigue est le même, le protagoniste est un spadassin de la Guilde des Chuchoteurs comme le héros du roman précédemment nommé, et la révélation finale me rappelle un détail de Gagner la guerre que je ne peux révéler sans spoiler. Sinon, le texte est divertissant et l’écriture délicieuse, constatez pas vous-même :

Parmi les nombreuses maîtresses que vous avez troussées, avouez qu’il y en a une ou deux qui vous ont laissé des échardes dans le saignant. Il ne s’agit jamais de la plus belle, de la plus douce, de la plus prestigieuse, non, non… En général, ce serait plutôt une conquête de seconde catégorie, levée parce qu’elle était piquante, que vous avez prise pour l’aventure d’un soir. Et voici que la sournoise vous a ferré, en embuscade!

L’elfe et les égorgeurs

Dans l’ombre, on devinait des fantômes horribles : le cul souillé d’une morte ; le rictus d’un vieux abandonné les pieds dans l’âtre ; le mutisme compissé d’un bambin dans un recoin.

Un texte classique dans le genre, mais bien écrit, et assez court pour qu’on ne s’ennuie pas. Cependant, la chute est prévisible (à tout le moins pour ceux qui ont déjà lu Jaworski).

Profanation

Le texte est sympathique, parce c’est du Jaworski, mais sans plus. Le procédé utilisé dans cette nouvelle est le même que dans « L’elfe et les écorcheurs » : un homme un peu excentrique qui raconte son histoire à une assemblée. La redondance est d’autant plus visible que les deux nouvelles se suivent.

Citation tirée de la nouvelle « Profanation » du recueil JAWORSKI, Jean-Philippe, Le sentiment du fer, Bordeaux, Les moutons électriques, coll. « Hélios », 2015, 208 p.

Tout cela mis à part, il faut noter que je n’ai pas immédiatement vu venir la chute, ce qui est un bon point.

Désolation

Désolation, par son titre, par sa citation en introduction et par sa prémisse se veut un hommage à J.R.R. Tolkien et à son roman The Hobbit. Ainsi, on suit un groupe de nains, accompagnés de leurs gnomes lètes (lisez : esclaves), qui doivent traverser une région abandonnée où sommeillent un dragon. Sur leur chemin, ils devront affronter des gobelins.

« The world is grey, the mountains old,

The forge’s fire is ashen-cold ;

No harp is wrung, no hammer falls :

The darkness dwells in Durin’s halls ;

The shadow lies upon his tomb

In Moria, in Khazad-dûm. » – JRR Tolkien

J’ai absolument adoré comment Jaworski rend hommage sans imiter : ça reste définitivement du Jaworski, non seulement par l’écriture, mais aussi parce qu’il s’agit définitivement d’un texte pour adultes. En effet, les gens ont souvent tendance à oublier que The Hobbit est un roman pour enfants à l’origine, ce qui se ressent dans le ton du récit [review à venir]. Ici, le ton est à l’opposé, ce que j’ai par ailleurs énormément apprécié.

J’ai aussi été impressionné par la manière dont Jaworski écrit les scènes d’action. Alors que l’action, en littérature, me laisse au mieux indifférente, au pis m’ennuie avec des descriptions de type wannabe cinéma, j’ai ici véritablement ressenti l’aspect haletant de la situation; j’avais l’impression d’être dans la mêlée avec les personnages.

Parlant de personnages, il est souvent difficile de s’y attacher dans le cadre de la lecture d’un médium aussi court que celui de la nouvelle (celle-ci est plutôt longue pour une nouvelle, par contre), mais je suis tombée sous le charme du gnome contremaître Littyllytig (oui, vous avez bien lu), trop malin au goût de ses maîtres compte tenu qu’il s’agit d’un lète. Un personnage brillant malgré les circonstances qui pèsent contre lui, dont l’enthousiasme face à diverses découvertes est contagieux, et qui est plus rebelle qu’il n’y paraît.

– D’accord, grommelle Radswin, c’est bien vu. Mais c’est suffisant pour convaincre tes ras que ça n’a rien à voir avec le dragon. Quelle idée de leur parler de mines?

– Parce que ce sont des mines! s’enthousiasme Littyllytig. Dans la vieille tradition gnomique de Dun Heahcnawan, on transmet le souvenir de ces mines hydrauliques, mais je n’imaginais pas qu’elles aient pu exister dans le Kluferfell, ni qu’elles aient pu être si gigantesques!

Maintenant, je veux un livre sur les gnomes du Vieux Royaume, peut-être à propos d’une révolte des lètes? Je lance cette requête en l’air en espérant que l’univers frappe Jaworski d’une inspiration divine à ce sujet.

Bref, vous aurez compris que cette nouvelle est un véritable coup de cœur!

La troisième hypostase

Au matin de ses cent dix ans, Lusinga sut qu’elle ne pourrait plus repousser l’épreuve : il lui faudrait affronter le visage de sa mort.

Une nouvelle qui nous en révèle davantage sur la magie ayant cours dans l’univers du Vieux Royaume, mettant en contraste la magie mortifère du culte du Désséché à l’art plus mystique associé aux Elfes. La magie reste néanmoins quelque chose de mystérieux ici, puisque Jaworski se refuse judicieusement à expliquer son système magique, préférant le montrer. Trop d’auteurs ne se plient pas au fameux « show, don’t tell », mais ce n’est certainement pas le cas de cet auteur-ci. Une nouvelle plutôt convaincante, qui m’a laissé le goût d’en savoir plus.

Un recueil de nouvelles solide

La nouvelle « Désolation » à elle seule aurait pu m’enchanter, mais Le Sentiment du fer, dans son ensemble, forme un recueil de nouvelles de fantasy solide. Il ravira les amateurs du Vieux Royaume en approfondissant des sujets à peine évoqués jusqu’ici (d’autres régions, d’autres races, la magie, etc.), mais reste abordable aux non-initiés. L’écriture de Jaworski, comme toujours, vaut le détour et, oserais-je le dire, je pense avoir encore plus aimé ce recueil que Janua Vera, qui a pourtant profité d’un plus grand buzz il me semble. Dans tous les cas, je ne peux que recommander chaudement la lecture du Sentiment du fer, aux aficionados de Jaworski comme aux fans de fantasy en général. Il rejoint tout naturellement mon top fantasy.


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