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À toi, pour toujours, ta Marie-Lou de Michel Tremblay : la Grande Désillusion après la Grande Noirceur

TREMBLAY, Michel, À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, Leméac/Actes Sud, coll. « Leméac/Actes Sud-Papiers », 2007 [1972], 56 p.

Titre : À toi, pour toujours, ta Marie-Lou

Auteur : Tremblay, Michel

Genre : Théâtre (tragi-comédie)

Rating : 3 étoiles ; 7/10

Édition : Leméac / Actes Sud, 2007

Description : Les quatre personnages de cette cantate du désespoir sont les instruments d’une partition musicale parlée. Seuls leurs mots entremêlés, tricotés les uns aux autres, nous parviennent du fond de leur abîme, écorchés comme leurs vies et lyriques comme leurs âmes. Quand monte cette musique de chambre douloureuse, traversée par un maesltröm de passions destructrices, on prend la mesure de la misère de Marie-Lou: entre la prison du travail qui abrutit son mari Léopold et l’enfer qu’est devenu leur couple, que lui reste-t-il?


Les restes de la Grande Noirceur

À toi, pour toujours, ta Marie-Lou de Michel Tremblay est une métaphore du Québec à l’aube de l’Affirmation nationale, période durant laquelle les québécois se permettront de rêver collectivement d’un Québec indépendant. En effet, on a alors du mal à tirer un trait définitif sur la Grande Noirceur. Cette difficulté se manifeste notamment à travers les personnages de Léopold et Marie-Louise qui se raccrochent à des valeurs conservatrices dépassées.

Le cauchemar familial

Peu éduqués, ils sont dépourvus des moyens nécessaires à leur évolution, la révolte ne leur venant même pas à l’esprit. Ainsi, même s’ils sont conscients que leur famille est loin de répondre à l’image idyllique que le régime Duplessis se plaisait à présenter, ils ne pensent pas une seconde à mettre fin à cette comédie. Pour Léopold, famille est synonyme de bouches à nourrir, d’argent jeté par les fenêtres, de stress. Pour Marie-Louise, c’est un échec et une désillusion, mais c’est aussi la solitude, comme le montre sa tirade dans laquelle elle décrit sa famille comme une « gang de tu-seuls ».

MARIE-LOUISE. […] J’ai lu dans le Sélection, l’aut’jour, qu’une famille c’est comme une cellule vivante, que chaque membre de la famille doit contribuer à la vie de la cellule… Cellule mon cul… Ah! Oui, pour être une cellule, c’est une cellule, mais pas de c’te sorte-là! Nous autres, quand on se marie, c’est pour être tu-seuls ensemble. Toé [Léopold], t’es tu-seule, ton mari à côté de toé est tu-seul, pis tes enfants sont tu-seuls de leur bord… Pis tout le monde se regarder comme chien et chat… Une gang de tu-seuls ensemble, c’est ça qu’on est! (p. 50)

Un drame familial qui va crescendo

Cette pièce de Michel Tremblay est un grand drame familial qui va crescendo jusqu’au bouquet final. On sent réellement l’intensité monter au fur et à mesure que le tout progresse, l’alternance entre les deux époques/générations (celle de Marie-Louise et Léopold versus celle de Manon et Carmen) ne faisant que renforcer ce sentiment. De plus, cette alternance permet de souligner le caractère oppressif du régime de Maurice Duplessis.

La belle part au joual

Ici, l’auteur, comme à son habitude, fait la belle part au joual, faisant d’un langage horriblement familier une magnifique prose musicale, créant du même coup un lien entre le lecteur québécois et les personnages. À noter également, chez Michel Tremblay, le joual est associé à l’aliénation (en raison d’une pauvreté intellectuelle) et à l’expression du désir de se libérer (les sacres sont un cri du cœur), deux thèmes capitaux de la pièce À toi, pour toujours, ta Marie-Lou.

Une pièce qui mérite plus d’attention

Ainsi, selon moi, cette pièce de Michel Tremblay parue en 1972 mérite autant d’attention que les œuvres plus connues de l’auteur, Marie-Lou s’avérant un petit bijou d’écriture québécoise.


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