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Du roman Le liseur de Bernhard Schlink au film de Stephen Daldry : une adaptation fidèle dans son essence

L’adaptation cinématographique de roman autobiographique tel que Le liseur[1] de Bernhard Schlink s’avère toujours un défi. En effet, tout l’intérêt du roman repose sur la psychologie des personnages, psychologie qui est difficile à traduire lorsque le spectateur n’a pas accès aux pensées des protagonistes. Pourtant, Stephen Daldry, le réalisateur du film du même nom (2008), a néanmoins fait le choix de tenter une adaptation fidèle du récit. Le film respecte l’essence du roman, notamment par son respect des thèmes importants. Afin de prouver la fidélité de l’adaptation, nous comparerons, dans un premier temps, la trame narrative du film avec celle du roman. Ensuite, nous verrons par quels moyens le réalisateur a su transposer à l’écran les procédés d’écriture. Enfin, nous nous intéresserons aux personnages eux-mêmes en identifiant les similarités et les différences.

Respect de la trame narrative

Du roman Le liseur de Bernhard Schlink au film de Stephen Daldry : une adaptation fidèle dans son essence
Bernhard Schlink, Le liseur, trad. Bernard Lortholary, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2017 [1995], 268 p.

Après visionnement du film, l’on peut dire que, de façon générale, la trame narrative du roman est plutôt bien respectée, particulièrement en ce qui concerne la première partie, soit de la rencontre entre Michael et Hanna au départ de cette dernière. Même si quelques lieux ne sont pas les mêmes (la piscine est ici un lac) et quelques scènes ajoutées (la scène où Hanna pleure dans l’église) ou omises (Hanna ne va pas voir Michael au lac avant de quitter la ville), l’histoire en soi est très près de la version originale. Les principales différences se retrouvent dans la deuxième et la troisième partie. Ainsi, au cours du procès d’Hanna, Michael réalise que celle-ci est analphabète, mais ne va pas voir le juge après ladite réalisation. De même, dans le film, il manque plusieurs séances, alors qu’il est bien spécifié dans le roman qu’il n’en manque pas une seule. Aussi, dans la troisième partie, à la dernière scène, le spectateur découvre que Michael n’a pas écrit le roman de sa vie, contrairement à ce qui est dit dans le livre, mais a plutôt raconter celle-ci à sa fille Julia.

Les procédés cinématographiques utilisés pour traduire les procédés littéraires

Du roman Le liseur de Bernhard Schlink au film de Stephen Daldry : une adaptation fidèle dans son essence
Poster du film The Reader de Stephen Daldry, adaptation du roman de Bernhard Schlink

Néanmoins, deux procédés cinématographiques en particulier nous permettent de dire que la trame narrative est respectée. Les couleurs, d’abord, reflètent bien l’état d’esprit dans lequel se trouve le héros selon son âge. Lorsqu’on nous raconte l’idylle amoureuse entre Michael et Hanna, le filtre est jaune, ce qui rappelle le bonheur naïf de Michael à 15 ans, le même que l’on ressent à la lecture du livre. Par opposition, quand on nous montre Michael dans le présent, le filtre est sobre, blanc et noir, référant à la froideur de la personnalité du Michael adulte, la distance qu’il a mis entre lui et le monde. Le montage par retour en arrière renforce le contraste entre l’adolescent et l’adulte. Ce procédé confirme également le respect de Stephen Daldry pour l’œuvre original; l’impression que l’histoire nous ait directement racontée par Michael dans le roman est ainsi traduite, l’impression qu’il alterne dans sa tête entre passé et présent.

Par ailleurs, le procédé cinématographique du montage par retour en arrière est aussi employé par le réalisateur pour transposer la rétrospection effectuée par le personnage principal, procédé d’écriture fréquemment utilisé dans les romans autobiographiques. De même, cette rétrospection est renforcée par quelques raccords servant de transition entre présent et passé. Je pense notamment à un raccord regard se déroulant au début de film, quand le Michael adulte regarde un tramway passé dans lequel il voit son moi adolescent, le récit passant alors du présent au passé. D’autre part, le style d’écriture à la première personne se reflète dans le film par une caméra subjective ainsi que l’utilisation de nombreux plans rapprochés et gros plans. Il est cependant difficile d’identifier une scène en particulier concernant ces deux procédés cinématographiques, puisqu’ils sont présents en abondance dans le long métrage, l’histoire reposant sur ses personnages.

Différences chez les personnages

Les principales différences entre le roman et le film du Liseur concernent les personnages. En effet, des personnages de peu d’importance dans le livre ont un rôle plus majeur dans le film, tout comme des personnages relativement importants dans le récit écrit n’ont droit qu’à une mention dans l’adaptation. Le groupe du procès, par exemple, auquel on fait quelques mentions dans le roman, a quelques scènes capitales dans le long métrage, ledit groupe étant le principal porteur de la réflexion sur les générations. À preuve, le groupe est principalement présenté par l’intermédiaire de plans d’ensemble, le but étant de centré l’attention du spectateur sur ledit groupe à un moment donné. La scène la plus marquante est celle où l’un des garçons du groupe entre en conflit avec Michael, le garçon condamnant de manière décisive la génération de la guerre. Le professeur Rohl, qui dirige le groupe, a lui aussi un rôle beaucoup plus décisif dans l’adaptation cinématographique. Ainsi, dans le long métrage, le professeur Rohl est celui vers qui Michael se tourne lorsqu’il se demande s’il doit révéler le fait que Hanna est analphabète, alors que c’est à son père que Michael demande conseil dans le roman. La nouvelle importance du professeur est d’ailleurs soulignée par plusieurs plans américains et quelques plans rapprochés, notamment dans la scène susmentionnée.

Conclusion

Ainsi, nous avons démontré que l’adaptation cinématographique du roman Le liseur était bel et bien fidèle. Pour ce faire, nous avons d’abord souligné en quoi l’utilisation de différents filtres de couleur ajoutée à un montage par retour en arrière contribuaient au respect de la trame narrative, le tout précisant que la première partie du livre était particulièrement bien retranscrite. Ensuite, nous nous sommes attardé aux procédés d’écriture propres au genre autobiographique et à la manière dont ils avaient été traduits à l’écran; le montage par retour en arrière et les raccords représentent la rétrospection alors que la caméra subjective, les plans rapprochés et les gros plans sont l’équivalent de l’emploi du « je » dans le roman. Finalement, nous avons concédés qu’il y avait plusieurs différences entre le roman et son adaptation relativement aux personnages, notamment concernant le groupe du procès et le professeur Rolh, qui prennent une place beaucoup plus grande dans le film, comme les plans de demi-ensemble, américain et rapproché le prouvent. Néanmoins, en considérant le tout, l’on peut affirmer que le sens profond de l’œuvre est respecté, puisque les éléments les plus importants sont conservés et que l’intention de Stephen Daldry, au vu de cette analyse, était clairement de faire une adaptation dite fidèle.


[1] Bernhard Schlink, Le liseur, trad. Bernard Lortholary, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2012 [1995], 243 p. Quatrième de couverture: À quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d’une femme de trente-cinq ans dont il devient l’amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l’un de leurs rites consiste à ce qu’il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain. Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles, accablée par ses coaccusées.


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