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Avis lecture: Or et nuit, Mathieu Rivero

RIVERO, Mathieu, Or et nuit, Bordeaux, Les moutons électriques, 2015, 256 p. Avis lecture sur lilitherature.com.
RIVERO, Mathieu, Or et nuit, Bordeaux, Les moutons électriques, 2015, 256 p.

Titre: Or et nuit

Auteur: Rivero, Mathieu

Genre: Fantasy

Rating: 3 étoiles ; 6.5/10

Langue originale: Français

Édition: Les moutons électriques, 2015

Description: Des mille et une histoires que j’ai pu conter, aucune n’est aussi fabuleuse que celle que je m’apprête à te narrer.

On y voyage de cités mortes en jardins luxuriants, de royaumes en déserts et de geôles en palais. On y croise djinns et ghûls, sultans et dragons, reines et démons, et les lignées maudites s’y affrontent autant que les passions se déchaînent. Vois-tu, elle recèle en son cœur une bien plus unique distinction. Cette histoire d’amour et de mort est vraie : je l’ai vécue. Parole de Shéhérazade.


À paraître en version poche dans la collection Hélios le 7 février 2019

RIVERO, Mathieu, Or et nuit, Bordeaux, Les moutons électriques, coll. « Hélios », 2019 [2015], 256 p. Avis lecture sur lilitherature.com.
RIVERO, Mathieu, Or et nuit, Bordeaux, Les moutons électriques, coll. « Hélios », 2019 [2015], 256 p.

D’abord, je dois dire que j’adore l’idée derrière le roman de fantasy Or et nuit de l’auteur lyonnais Mathieu Rivero : une suite aux Mille et une nuits. J’ai toujours été plus fascinée par le concept de ce classique de la littérature – l’enchâssement de différentes histoires racontées par une multitude de narrateurs sur plusieurs niveaux diégétiques) – que par son exécution – par là, j’entends que sa lecture, pour un moderne, est plutôt aride. J’avais donc bon espoir que cette suite garderait le meilleur (le procédé narratif et la mythologie orientale) et « moderniserait » le reste. Et c’est ce que Rivero fait, mais seulement en partie.

Le ton du conte

À la base du procédé narratif des Mille et une nuits, avant tout enchâssements, avant même Shéhérazade, il y a la narration d’un conte par le personnage-auteur au personnage-lecteur. Il en résulte un texte écrit dans ce que j’appelle le « ton du conte ». Ce ton, c’est celui-ci :

Nous voilà au terme de mon histoire. C’est à ce moment que tu interviens, Shéhérazade, toi, la porteuse de nouvelles et de légendes, et si je n’avais pas eu la certitude de ta condition humaine, j’aurais juré que tu étais liée par les fils de la destinée.

Il n’y a rien de mal en soi avec cette phrase, elle est bien écrite. Cependant, quand on réalise qu’il s’agit de paroles prononcées par un personnage, on se dit que le tout ne « sonne » pas très naturel. Et c’est normal, le ton du conte n’essaie pas d’imiter le réel : on ne prétend pas relayer la vérité vraie, telle quelle ; on raconte une version de la vérité, on romance, on embellit.

Mise à distance émotionnelle

Mais parce que le lecteur est si conscient qu’on lui raconte une histoire « fausse », il en découle une mise à distance émotionnelle par rapport aux personnages. Le lecteur est moins investi dans le récit ; il est moins concerné par le sort réservé aux protagonistes. C’est probablement pourquoi les personnages d’Or et nuit sont si peu attachants au final.

La lourdeur du texte

Pour pallier au « défaut » inhérent au mode de narration qu’il a choisi, Rivero ancre davantage son histoire dans le présent, c’est-à-dire qu’il s’attarde tout autant, sinon plus, à ce qui arrive à Shéhérazade « au présent » avec Tariq que sur l’histoire que l’héroïne raconte à son geôlier. Mais le ton du conte demeure – celui du personnage-auteur qui raconte au personnage-lecteur – et ce ton est lourd. Une phrase comme celle citée ci-dessus, c’est beau, mais quand on lit plus de 200 pages comme cela, ça devient vite lassant.

Tell, don’t show

Peut-être à cause du type de narration choisi, Rivero « tells » plus souvent qu’il « shows » plutôt que de souscrire à la règle du « show, don’t tell ». Par exemple, on nous dit qu’Azi et Abû sont de très bons amis, mais hormis leur première rencontre, on ne nous montre pas l’évolution de cette amitié. Et même quand les deux hommes se retrouvent finalement, Rivero passe plus de temps sur la relation entre Azi et Hasaf que sur celle des supposés deux meilleurs amis.

Une héroïne passive

Le tout devient spécialement problématique en ce qui concerne Shéhérazade. Rivero tente de faire d’un personnage peu développé à l’origine une héroïne à part entière, malheureusement avec plus ou moins de succès. D’une part, la narration, à travers les personnages qui croisent sa route, insiste sur l’importance de Shéhérazade et son « pouvoir » de conteuse ; d’autre part, l’héroïne ne fait rien de bien concret dans le récit. Le lecteur sent bien que l’auteur cherche à faire quelque chose avec Shéhérazade, à démontrer son agency (par ex., par ses nombreuses tentatives de s’échapper), mais il a du mal à y croire parce qu’elle est sans cesse soumise à des forces externes.

Une narration en conflit avec elle-même

On constate ainsi une narration en conflit avec elle-même, qui dit une chose mais en présente une autre : Azi et Abû sont de bons amis, mais quand ils sont « ensembles », il passe peu de temps ensemble ; Shéhérazade est une héroïne active, excepté qu’elle subit plus souvent l’action des autres.

Un récit coupé court

La fin d’Or et nuit est carrément abrupte. Je ne suis pas une lectrice qui désire avoir toutes les réponses à ses questions en refermant un livre, mais ce roman-ci m’a donné l’impression de me laisser en plan. Je présume que l’intention de l’auteur était plutôt de lancer un nouveau conte alors que le précédent récit, celui d’Azi, se termine, mais je ne sais pas à quel point c’est réussi.

Un procédé narratif difficile à maîtriser

J’ai conscience que ma review semble ne relever que des lacunes, mais il s’agit plutôt d’une liste d’éléments qui, selon moi, auraient pu être améliorés afin que le récit réalise son plein potentiel. Or et nuit de Mathieu Rivero reste une lecture intéressante (je lui ai donné 3 étoiles après tout), mais son intérêt est plus intellectuel puisque les personnages engagent peu le lecteur émotionnellement. Au final, je pense que le roman souffre surtout du procédé narratif qu’il adopte.


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