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Avis lecture: Le théâtre de Dieu, France Théoret

THÉORET, France, Le théâtre de Dieu, Montréal, Leméac Éditeur, 2018, 96 p. Avis lecture sur lilitherature.com.
THÉORET, France, Le théâtre de Dieu, Montréal, Leméac Éditeur, 2018, 96 p.

Titre: Le théâtre de Dieu

Auteure: Théoret, France

Rating: 4 étoiles ; 8/10

Genre: Littérature générale

Langue originale: Français

Édition: Leméac, 2018

Description: « Ai-je la foi ? » Telle est la question qui hante la jeune narratrice de ce roman, en attente de LA révélation. Le Québec des années 1950, dominé par le clergé, imprègne de son discours religieux toutes les sphères de la société. Nul n’y échappe. Les filles sont nées pour servir, faire don d’elles-mêmes, elles doivent cultiver l’humilité. Aspirant à une éducation qui élèverait sa pensée, incapable de s’identifier au rôle qu’on attend d’elle, la protagoniste ne sait vers qui se tourner pour la guider.


Le théâtre de Dieu de France Théoret est, comme vous pouvez vous imaginer, une exploration de la foi à une époque où la religion catholique était omniprésente dans tous les aspects de la vie québécoise. Malheureusement pour la narratrice, la foi n’est pas quelque chose que l’on peut comprendre ; c’est quelque chose que l’on ressent (ou pas).

Je ne parvenais pas à savoir si j’avais la foi. L’illumination n’était pas venue. Je persistais dans une pratique régulière. Il ne se produisait aucun changement. Je retombais dans la banalité des habitudes (p. 59).

Le « show don’t tell » à son meilleur

Ce roman est une critique de la religion (catholique) en tant que principe absolu, mais le tout est fait avec finesse. Conformément à la règle « show don’t tell » (que trop peu d’auteur(e)s mettent en pratique), Théoret n’énonce jamais sa critique, montrant plutôt les effets négatifs d’un tel absolutisme à travers son personnage principal qui sombre lentement dans la dépression, dépression qui, encore une fois, n’est jamais explicitement nommée. Pourtant, l’auteure québécoise en fait l’une des plus aptes descriptions que j’aie lues dans ma vie :

Je n’avais ni l’âge ni l’autonomie suffisante pour affronter une situation détestée qui me détruisait intérieurement. Je vivais un épuisement inexpliqué cet été-là, j’étais vidée des ressources qui recomposent l’énergie psychique et physique. Il fallait compenser, renflouer mes tendances quotidiennes à l’abattement. J’étais bourrée de fatigues incompréhensibles. Je luttais contre le sommeil les après-midi chauds et ensoleillés. La saison des vacances appelée de tous mes vœux donnait lieu à un refus de vivre. Je ne m’appartenais pas. Un immense soliloque à propos de la désolation recouvrait ma pensée (p. 24-25).

Une anesthésie mentale, physique et scripturale

L’écriture, reflet de la pensée de la narratrice, devient vite anesthésiée, à l’instar de l’esprit, puis du corps du personnage principal. C’est le « show don’t tell » à son meilleur.

La pensée religieuse me coupait de ma sensibilité, supprimait les sensations négatives. J’avais un esprit pensant. J’étais détruite corporellement avant de commencer à vivre par moi-même. (p. 20).

Et lorsqu’enfin l’héroïne abandonne l’idée d’avoir la foi, quand elle comprend qu’on ne peut pas la forcer, la langue change :

Dieu, ça n’était jamais neutre. Ça façonnait la langue, les mots, ça orientait, ça faisait agir. Son empreinte une fois recherchée, convoitée, restait dans l’esprit. Voilà la chose cachée, Dieu prenait la forme de son langage (p. 84).

Parce que si elle ne peut échapper à la toute-influence de la religion catholique, elle peut néanmoins désacraliser la figure de Dieu en le réduisant à ça.

Un court roman astucieusement écrit

Le théâtre de Dieu de France Théoret est un livre au titre évocateur. Critique religieuse, témoignage de dépression et plaidoyer féministe par moment…

Le je était haïssable. Nous, les filles, destinées à nous dévouer aux autres, devions cultiver l’esprit de sacrifice. Il fallait nous oublier et apprendre à servir (p. 16).

…ce (judicieusement) court roman est habilement écrit, une démonstration de la puissance du « show don’t tell ». Parmi mes meilleures lectures de 2018.


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