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Avis lecture: La dévoration des fées, Catherine Lalonde

LALONDE, Catherine, La dévoration des fées, Montréal, Le Quartanier, 2017, 144 p. Avis lecture sur lilitherature.com.
LALONDE, Catherine, La dévoration des fées, Montréal, Le Quartanier, 2017, 144 p.

Titre: La dévoration des fées

Auteure: Lalonde, Catherine

Genre: Poésie, littérature générale

Rating: 3 étoiles ; 6.5/10

Langue originale: Français

Édition: Le Quartanier, 2017

Description: Entre le conte de fées enragé et la reprise hallucinée des récits d’apprentissage, entre la forêt de Sainte-Amère-de-Laurentie et la grande ville électrique, La dévoration des fées raconte le sort de la p’tite, de Grand-maman et de Blanche absente. Mais le récit est ravalé par le chant, le mythe, la fantasmagorie, et une poésie féroce et primordiale hante la narration. Œuvre baroque et mal embouchée, La dévoration des fées est traversé de sortilèges crachés ou lyriques, dans une scansion affamée, bourrée jusqu’aux yeux de désir.


Une grande richesse intertextuelle

La dévoration des fées est riche en références, mais ces dernières sont naturellement intégrées au tout. Elles ne ressortent pas, dans le sens où le lecteur ne « sort » pas de sa lecture pour se faire la remarque « ah, tiens, une référence à telle chose ». Ainsi, Catherine Lalonde fait un habile usage des comptines pour enfants et autres expressions du même acabit. Elle les reprend, les déforme, les incorpore.

L’aïeule le dit alors qu’on sut d’avance, à l’exsangue malsain du visage, à la morphologie fondante que trois fois passera la première sera la seule, cet air connu. La première sera la dernière (I).

Trois fois passera, et la petite toffe. La p’tite – le nom restera. Ça engraisse. C’est coriace (II).

Tout aussi adroitement, elle glisse dans le texte des références au Terroir, lesquelles complémentent bien le thème de la transmission.

Grand-maman fantasme des balais de sorcière, damnerait sa foi pour un outil magique, un torchant volant, un savon. N’importe quelle force contre le ressac pulsant et obstiné du désordre, soit-elle mal lunée. Job de fille, se dit-elle, maudite job de fille […] Elle a hâte que la p’tite pousse en lourdeurs, levain de seins et levures de hanches, que les menstrues l’ancrent, coton au cul pieds nus dans la cuisine, mains à la pâte licou au col; elle a hâte que la p’tite arrive, enfin, dans sa vie de femme faite; sa vie de femme faite de sang et d’eau de vaisselle (III).

Un hybride entre le roman et la poésie

J’ai particulièrement aimé la forme de ce livre composé de fragments qui peuvent être lus indépendamment, mais qui ont un sens ajouté lorsque lus les uns à la suite des autres. En ce sens, bien que le texte soit catégorisé comme de la poésie, je dirais plus qu’il s’agit d’un hybride entre le roman et le recueil de poésie. On ne peut nier la nature poétique de l’œuvre, mais il y a définitivement un fil narratif à l’ensemble, celui de la transmission (maudite) au féminin.

Elle le dit, Grand-maman :

Fuck.

C’est une fille (I).

Mais la force du recueil est aussi sa faiblesse en ce qui me concerne. Parce que le livre se lit presque comme un roman conventionnel, je n’ai pas été complètement époustouflée par le style d’écriture lui-même. Ce n’est pas que le tout soit mal écrit, bien au contraire ; c’est simplement que j’aime généralement ma poésie plus « explosée », comme par exemple dans Bloody Mary [review] de France Théoret, qui joue avec les conventions de la présentation textuelle, ou Fashionably Tales [review] de Marc-Antoine K. Phaneuf, qui multiplie les sens par le découpage étrange de ses vers / mots. J’aime qu’on joue avec les normes du langage et les normes de présentation. On le fait certainement ici, mais pas suffisamment à mon goût. Mais comme je l’ai déjà dit, il s’agit vraiment d’une préférence personnelle dans ce cas-ci.

Un recueil parfait pour le lecteur qui voudrait s’initier à la poésie

La dévoration des fées de Catherine Lalonde est un texte de poésie que j’ai moins apprécié pour son fond que pour sa forme. Il faut beaucoup de talent pour créer une œuvre dont les fragments font autant de sens individuellement qu’une fois mis bout à bout. Qui plus est, si je préfère personnellement une poésie plus éclatée, le lecteur qui hésite à se lancer dans la lecture de poésie par peur de n’y rien comprendre saura apprécier cet hybride entre le roman et le texte poétique.


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