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Avis lecture: La Stratégie des as, Damien Snyers

Merci aux éditions ActuSF de m’avoir fait parvenir une copie de la Stratégie des as de Damien Snyers.


SNYERS, Damien, La Stratégie des as, Chambéry, ActuSF, coll. « Hélios », 2019 [2016], 103 p. Avis lecture sur lilitherature.com.
SNYERS, Damien, La Stratégie des as, Chambéry, ActuSF, coll. « Hélios », 2019 [2016], 103 p.

Titre: La Stratégie des as

Auteur: Snyers, Damien

Genre: Fantasy, heist

Rating: 3 étoiles ; 6.5/10

Langue originale: Français

Édition: ActuSF, 2019 [2016]

Description: Pour vivre, certains choisissent la facilité. Un boulot peinard, un quotidien pépère. Humains, elfes, demis… Tous les mêmes. Mais très peu pour moi. Alors quand on m’a proposé ce contrat juteux, je n’avais aucune raison de refuser. Même si je me doutais que ce n’était pas qu’une simple pierre précieuse à dérober. Même si le montant de la récompense était plus que louche. Même si le bracelet qu’on m’a gentiment offert de force risque bien de m’éparpiller dans toute la ville. Comme un bleu, j’ai sauté à pieds joints dans le piège. L’amour du risque, je vous dis. Enfin… c’est pas tout ça, mais j’ai une vie à sauver. La mienne.


Paru pour la première fois en 2016, La Stratégie des as a été réédité pour une nouvelle sortie en février 2019 dans la collection « Hélios » de chez ActuSF. Récipiendaire du Prix Pierrotin 2017, l’ouvrage comporte, en plus du récit principal, une courte nouvelle intitulée « Mila » ainsi qu’une interview de l’auteur. En ce qui concerne le roman lui-même, il s’agit d’une histoire de casse / de braquage située dans un univers de fantasy.

Avoir quatre as dans ma manche, c’était ça ma meilleure tactique aux échecs (p. 14).

Des personnages multidimensionnels

C’est la principale force du roman : ses personnages. Snyers parvient, malgré la relative concision de son livre, à créer des personnages multidimensionnels, avec leurs défauts et leurs qualités. Par exemple, James Laany, le héros et narrateur de l’histoire, est loin d’être un individu recommandable, mais ces quelques bons côtés, visibles à travers sa relation avec les autres protagonistes, permettent au final de s’y attacher. De plus, il a bien quelques réflexions intéressantes comme :

Ma réponse avait été accompagnée d’un large sourire qui disait que nous étions une opportunité unique. Que si elle ne nous prenait pas ensemble, nous partirions ailleurs, et qu’on nous y accueillerait à bras ouverts. Que plus tard, lorsque nous organiserions des réceptions en tant que politiciens haut placés, nous nous souviendrions d’elle. C’est fou tout ce qu’on peut faire passer dans un sourire (p. 32).

Quant à Élise et Jorg, j’ai été agréablement surprise par le soin avec lequel l’auteur les a développés compte tenu qu’il s’agit de personnages secondaires. On en sait moins sur Mila, mais c’est normal puisqu’elle est la nouvelle arrivée dans le groupe et que le récit est raconté du point de vue exclusif de Laany. Qui plus est, le mystère fait partie de l’attrait du personnage.

Une intrigue prévisible

L’une des difficultés à circonvenir quand on raconte une histoire de casse, c’est que le lecteur a probablement déjà tout lu (et vu) dans le genre. C’est pourquoi l’auteur choisit sans doute de faire confesser à son personnage principal l’inévitable trahison à venir, et ce, dès le début du premier chapitre.

Si j’avais su, si j’avais pu deviner ce qui allait suivre, j’aurais sorti la dague que je gardais dans ma botte en cuir, et je lui aurais tranché la gorge (p. 6).

Je ne peux pas en témoigner avec certitude, puisque je ne suis pas dans la tête de Snyers, mais j’ai l’impression qu’il sait que son intrigue est prévisible et décide donc de l’assumer pleinement. Il est en effet prouvé qu’un spectateur (ou un lecteur, dans le cas présent) est plus susceptible de pardonner le défaut d’une histoire si l’auteur reconnaît et/ou assume sa présence. Au cinéma et dans le domaine de la télévision, on parle de « lampshading[1] ». Compte tenu que j’ai vu venir presque tous les rebondissements et leurs résolutions, je pense qu’il a pris la bonne décision. Par contre, c’est peut-être seulement parce que je suis trop familière avec les ficelles de ce genre de récits.

La narration au « je »

D’autre part, grâce l’adoption d’une narration au « je », l’auteur parvient à contrecarrer certains manques de l’intrigue. À titre d’exemple, il y a une instance où un plot point n’est pas du tout expliqué (on voit le avant et le après, mais pas le comment on passe d’un état à l’autre). Cela dit, par l’intermédiaire du monologue interne constant de Laany, Snyers arrive presque à le faire oublier : la majorité des lecteurs ne le remarqueront sans doute même pas.

Pour ceux qui voudraient savoir de quoi je parle précisément, – il s’agit d’un spoiler mineur et sans influence selon moi sur le plaisir de lecture – sélectionnez le texte qui suit écrit en blanc : Laany dit à Mila qu’il trouvera bien une façon de la faire engager. On ne saura jamais comment il l’a fait. Quand on y revient, Mila est apparemment déjà engagée.

Une fantasy sans incidence

Les éléments de l’univers fantasy qui sont évoqués dans le roman sont intrigants : les calèches à vapeur, les Exécutants, la télépathie de Nihkto et Astur, le contrôle de la température, le Rein d’Isis, etc. Toutefois, ils n’ont pas suffisamment d’incidence sur l’intrigue. Je m’explique : le récit se déroule à Nowy-Kraków, une ville « construite deux cents ans plus tôt avec l’idée de donner une seconde chance à tous ceux qui en avaient besoin » (p. 10), ce qui veut dire qu’on peut y croiser un peu de tout : des humains, des elfes, des trolls, des Moitiés, etc. Pourtant, à bien y penser, on se rend compte qu’on pourrait facilement placer l’intrigue dans n’importe quel autre décor typique de l’époque représentée et vaguement « fantasy ». Par exemple :

  • Le fait que Laany soit un elfe n’apporte rien au récit. Il est un elfe, c’est tout. Cela ne lui procure pas d’habiletés particulières. Et s’il est bien victime de quelques préjudices, il ne s’agit pas d’un enjeu majeur et on pourrait facilement remplacer les préjugés envers les elfes par des préjugés envers une race X.
  • Élise est une Moitié : demi-humaine, demi-elfe. Elle pourrait être une humaine à l’héritage mixte et cela ne ferait aucune différence.
  • Jorg est un troll. Il pourrait aussi bien être un homme à la force hors du commun, à peu de choses près.
  • Un passage est dédié aux Exécutants et ils font une figure menaçante, mais on ne les revoit plus.
  • Nihkto et Astur communique par télépathie. S’ils communiquaient normalement, les tenants et aboutissants de l’histoire seraient les mêmes.
  • La météo est régie par les mages. Le « système » fait défaut à un moment donné. Il pleut, les héros sont trempés. C’est tout.
  • Etc.

Ce n’est pas que le tout soit dérangeant, mais cela dénote à mon avis un léger manque de doigté. Je crois qu’en fantasy et en science-fiction, un univers doit idéalement être une partie intégrante du récit. Ici, il est prometteur, mais détaché de l’histoire. Cela ne gênera sans doute pas la plupart des lecteurs, mais je suis avant tout une amatrice de world-building, et je suis donc spécialement sensible à ce genre de détails.

Un premier roman prometteur

Au final, quoique je puisse apparaître sévère, La Stratégie des as de Damien Snyers est un texte de fantasy sympathique aux personnages forts. Si l’intrigue et le world-building manquent un peu de finesse, le tout n’est pas dénué d’éléments intéressants. Un premier roman prometteur.

Et là, pas de surprise, le moyen le plus efficace pour obtenir ce qu’on veut, c’est toujours de graisser la patte. Il y a des gars là-bas qui l’ont tellement grasse qu’ils n’ont qu’à toucher une porte pour qu’elle arrête de grincer (p. 43).

[1] On parle de « lampshading » quand les scénaristes mettent en lumière une curiosité, une incohérence, une faiblesse dans leur scénario. Par exemple, dans une scène d’Ant-Man and the Wasp, Ant-Man fait la remarque « Do you guys just put the word “quantum” in front of everything? ». Ainsi, les scénaristes reconnaissent qu’ils se contentent de rajouter le mot « quantum » pour tout expliquer. C’est une manière de s’excuser et de demander la compréhension du spectateur. Voir la définition du verbe « lampshade » en narratologie : WIKIPEDIA, « lampshade », <https://en.wiktionary.org/wiki/lampshade> (page consultée le 21 février 2019).


« Mila », la nouvelle

À la fin de cette réédition de La Stratégie des as, il y a une courte nouvelle qui suit le personnage de Mila un peu avant les événements du roman. Il s’agit surtout d’une « info dump » qui nous renseigne sur le plus de nos quatre héros. La nouvelle se résume donc à la backstory de Mila, ce qui la départit de son aura de mystère. À cet effet, je commande la décision de Damien Snyers d’omettre ces informations de La Stratégie des as, puisque je suis convaincue que ce personnage n’aurait pas aussi bien fonctionné sans sa part de mystère. En définitive, le texte est sympathique, mais ultimement superflu. Cela dit, comme il s’agit d’un contenu additionnel, indépendant du roman lui-même, je ne saurais m’en plaindre.

des bottines qu’elle enlèverait en entrant. Question de silence, mais aussi de savoir-vivre. Ce n’est pas parce qu’on vient voler quelque part qu’on est obligé de salir derrière soi (« Mila », p. 96).


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3 réflexions au sujet de “Avis lecture: La Stratégie des as, Damien Snyers”

  1. J’ai aussi regretté que l’univers ne soit pas plus développé sans faire attention au fait que l’intrigue aurait pu se passer ailleurs, cela n’aurait rien changé mais effectivement, je suis assez d’accord avec ton analyse!! 😉

    Aimé par 1 personne

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