La roche des âges est le premier tome de la série de dark fantasy des Royaumes démoniaques de l’auteur auto-édité Christopher Evrard. Avis lecture sur lilitherature.com.
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Avis lecture: La roche des âges (Les royaumes démoniaques, 1), Christopher Evrard

Merci à Christopher Evrard pour la copie de son roman.


EVRARD, Christopher, La Roche Des Âges (Les Royaumes Démoniaques, 1), Auto-édition, 2018, 392 p.
EVRARD, Christopher, La roche des âges (Les royaumes démoniaques, 1), Auto-édition, 2018, 392 p.

Titre: La roche des âges

Auteur: Evard, Christopher

Série: Les royaumes démoniaques, 1

Genre: Dark fantasy

Rating: 3 étoiles ; 6/10

Langue originale: Français

Édition: Auto-édition

Description: « Mes erreurs sont tout ce qu’il me reste. » – Ciwen

L’horreur et la violence côtoient la féerie et la beauté. La magie et les combats forgent la réalité au jour le jour. Tandis que les légendes et mythes résonnent dans l’inconscient collectif comme des promesses d’un jour meilleur, telle la mystique Roche Des Âges que Ciwen, un mage de foudre, recherche désespérément.

Dans une existence où le macabre est un lot quotidien… Quel est le sens de la vie ? Quelle signification donner à des concepts comme l’amour et la haine, ou la guerre et la paix ? Comment les définir, et les dépasser ? Tant d’éternelles énigmes qui se posent à chaque instant, depuis la nuit des temps.

Les réponses apparaissent toujours dans le noir, telles des lucioles fuyantes…


La roche des âges est le premier tome de la série de dark fantasy des Royaumes démoniaques de l’auteur auto-édité Christopher Evrard. Le livre est agrémenté de magnifiquement sombres illustrations de Jenny Burgy, images dont l’esthétisme complémente parfaitement le récit.

Illustration de Jenny Burgy pour Les royaumes démoniaques, tome I, La roche des âges de Christopher Evrard, Chapitre I: La colère d'un vaurien, p. 19.
Illustration de Jenny Burgy – Chapitre I : La colère d’un vaurien, p. 19

En annexe, on retrouve une « bande son », c’est-à-dire une liste de chansons pour nous mettre dans l’ambiance appropriée au cours de notre lecture.

Dark fantasy

Non à la censure

La première chose à savoir avant de se lancer dans la lecture, c’est qu’en tant que roman de dark fantasy, certains passages peuvent s’avérer très violents (l’auteur ne croit pas en la censure). J’insiste, car ce ne sera peut-être pas du goût de tout le monde. Voyez par vous-mêmes si vous pouvez digérer :

Parfois des paysannes elfes traînées par les cheveux, sur le point d’être violées une nouvelle fois, parfois des guerriers que les démons s’amusaient à démembrer, torturer ou humilier en leur urinant dessus, ou en utilisant pour leur plaisir tous les orifices auxquels ils auraient pu penser, ou même créer (p. 253).

Personnellement, la brutalité ne m’a pas dérangée, puisqu’elle participe du ton de l’œuvre en général.

Des héros pas si héroïques

Dans la lignée de cet univers sombre, le roman est mené par des protagonistes « moralement gris[1] ». Je pense ici surtout aux deux personnages principaux, Ciwen et Olivia, qui, quoique n’étant pas des monstres à proprement parler, sont définitivement prêts à commettre des atrocités pour se défendre ou au nom de ce qu’ils défendent. Leur complexité est établie dès le début du récit et il s’agit assurément de l’une des forces du roman.

Une écriture visuelle

Le style d’écriture de Christopher Evrard est particulièrement visuel. Ainsi, l’auteur est soucieux de l’image évoquée par ses mots, du look qu’aurait une scène si elle devait être transposée à l’écran. Cette préoccupation est spécialement apparente dans les descriptions de combats en général…

Il se rua sur le squelette de pierre à grande vitesse et frappa sa jambe droite dans une gerbe d’électricité crépitante. Son coup exécuté avec succès, il continua à tenir en garde son adversaire qui se retourna sur lui pour lui porter un nouveau coup, mais sa jambe droite s’effrita et il perdit l’équilibre. Le mage saisit l’opportunité pour continuer l’assaut et se rua vers lui, frappant plusieurs fois en dansant autour du squelette, l’empêchant de réagir (p. 95-96).

… mais surtout dans l’importance accordée aux couleurs dans lesdites descriptions.

Il piqua vers le sol et atterrit violemment, ses puissantes jambes félines légèrement fléchies, ses ailes au brun verdâtre l’enveloppant presque entièrement. […] Il déploya ses bras enroulés autour de son corps, révélant un fléau d’arme animé d’une flamme violette qui créait un aura de chaleur calcinant jusqu’à la pierre autour d’elle. […] Sa peau écailleuse crépitait d’énergie verte, comme en feu, et une longue queue pointue remuait derrière lui (p. 182-183).

Il me semble qu’on ressent ici l’influence de médias comme le cinéma ou les jeux vidéo, où le rendu graphique est crucial.

Un univers insolite, mais sous-développé

Une foule délicieusement bigarrée

La roche des âges pose les bases d’un univers où évolue non seulement la distribution habituelle (humains, elfes, fées, nains, mages), mais aussi une foule de créatures qui se mêlent rarement à cet écosystème classique de fantasy (démons, ondins, phénix, vampires, lycanthrope, araignée géante à l’intelligence surdéveloppée, etc.). J’ai particulièrement apprécié l’inclusion d’espèces moins courantes ainsi que le côtoiement de races qui ne coexistent normalement pas ensemble (par ex., les elfes comme les vampires sont communs, mais on les retrouve rarement dans le même univers romanesque).

Du world-building un peu maigre

Toutefois, si le monde créé par Evrard est très prometteur, le world-building n’en est pas moins la principale faiblesse du livre. Quoique que celui-ci ne soit pas totalement absent, il est 1) très tardif et 2) insatisfaisant par moment. En ce qui concerne le premier point, on remarquera que l’auteur ne commence à développer son univers qu’au chapitre 3, soit seulement à partir de la page 103. En effet, les deux premiers chapitres sont spécialement action driven : on suit activement Ciwen dans sa quête de la roche des âges et rencontres, combats et autres péripéties s’amoncellent sans laisser de place à quoi que ce soit d’autre. Si je comprends pourquoi l’auteur a choisi de commencer avec de l’action frénétique afin d’accrocher son lecteur, les lois de l’univers doivent être posées bien avant la centaine de pages selon moi.

Ce développement tardif est annonciateur d’un manque world-building généralisé. Hormis le peuple des ondins, on restera dans la description plutôt superficielle. On ne sait rien ou presque sur les autres races : leurs spécificités, leur culture, etc. Bien sûr, je ne m’attends pas dans un premier tome à tout savoir sur tous les peuples qui habitent ce monde (les démons, les fées et les nains, notamment, sont suffisamment développés par rapport à leur rôle dans le récit), mais il m’apparaît problématique de ne presque rien connaître des particularités des elfes, surtout qu’ils ont un rôle relativement important à jouer dans cette histoire (y compris dans la suite des événements). Ont-ils une ouïe plus fine? Sont-ils plus agiles? Sont-ils plus forts que des humains? Etc.

Un potentiel à explorer

Tout cela dit, je doute que l’ampleur (ou le manque d’ampleur) du world-building retienne l’attention de la plupart des lecteurs. Comme je suis avant tout une amatrice de « livres-univers », c’est-à-dire de romans qui mettent l’emphase sur le développement de l’univers, je suis particulièrement sensible à tout ce qui touche le world-building, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Ceux et celles qui préfèrent les récits d’action et/ou plot driven (centrés sur l’intrigue) trouveront assurément leur bonheur dans ce livre. Au final, La roche des âges est un premier tome assez efficace dont on peut discerner tout le potentiel inexploré, ce qui donne ainsi envie de lire la suite des Royaumes démoniaques de Christopher Evrard pour en savoir plus.

[1] Traduction de l’expression anglophone « morally gray » utilisée pour décrire un caractère ni totalement bon (blanc) ni totalement mauvais (noir).


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