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Avis lecture: Les filles en série : Des Barbies aux Pussy Riot, Martine Delvaux

DELVAUX, Martine, Les filles en série: Des Barbies aux Pussy Riot, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2018 [2013], 280 p.
DELVAUX, Martine, Les filles en série: Des Barbies aux Pussy Riot, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2018 [2013], 280 p.

Titre: Les filles en série : Des Barbies aux Pussy Riot

Auteure: Delvaux, Martine

Rating: 4 étoiles ; 8/10

Genre: Non-fiction, féminisme

Langue originale: Français

Édition: Éditions du remue-ménage, 2018 [2013]

Description: Des corps féminins en rangées, qui se meuvent en synchronie. Ils ne se distinguent que par le détail d’un vêtement, d’une courbe, d’une teinte de cheveux. Les filles en série créent l’illusion de la perfection. Ce sont des filles-machines, filles-marchandises, filles-ornements. Toutes reproduites mécaniquement par l’usine ordinaire de la misogynie. Les filles sont des filles parce qu’elles sont en série. Mais la figure des filles en série est double: à la fois serial girls et serial killers de l’identité qu’on cherche à leur imposer. Entre aliénation et contestation, les filles en série résistent à leur chosification, cassent le party, libèrent la poupée et se mettent à courir.


Un essai féministe dans la lignée de Butler

DELVAUX, Martine, Les filles en série: Des Barbies aux Pussy Riot, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2013, 234 p. Avis lecture sur lilitherature.com.
DELVAUX, Martine, Les filles en série: Des Barbies aux Pussy Riot, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2013, 234 p.

Les filles en série : Des Barbies aux Pussy Riot, un essai féministe de Martine Delvaux, postule que si la figure des filles en série est héritée d’une croyance misogyne qui perpétue l’idée d’une infériorité de la femme, il s’agit aussi du « lieu qui permet d’inventer le féminin » (Chapitre premier : Filles en série). En ce sens, l’auteure québécoise s’inscrit manifestement dans la lignée de Judith Butler : si « l’action du genre requiert une performance répétée[1] », cela veut aussi dire que l’on peut performer le genre de façon subversive (par ex., en introduisant une variation dans cette répétition). Si le genre est une construction, on peut le déconstruire. C’est le potentiel que l’auteure québécoise voit dans la figure des filles en série.

Partout, tout le temps, des penseures, artistes, écrivaines, activistes, des filles ordinaires lèvent le poing pour casser la figure à cette figure des filles, cette figure dont la sérialité enfonce sans cesse le clou pour nous répéter jusqu’à plus soif ce qu’on doit être, ce à quoi on est censé ressembler. C’est contre cette injonction que les filles, à leur tour et à coup de répétitions, se dressent pour s’opposer, inventant de nouvelles formes, d’autres chorégraphies. Elles détournent et contournent la série, la reproduisent pour la revisiter, en perturber l’ordre et l’identité (Conclusion).

Une attention égale au contenu et à la forme

Les filles en série

Elle démontre ce potentiel à travers un examen d’une variété d’objets culturels associés aux filles en série : les Barbies, les RealDoll, les performances organisées par l’artiste Vanessa Beecroft, les playmates de Playboy, Marilyn Monroe, Nelly Arcan, les FEMEN, les Pussy Riots, la série télévisée Girls, etc.

Que dit Arcan sinon quelque chose comme ceci : les femmes sont victimes de l’image qu’on leur impose et qu’elles sont amenées à désirer? Les femmes sont l’objet d’un marché auquel elles participent. Les femmes sont prises dans un syndrome de Stockholm infini (Chapitre quinze : Blondes).

Cette manière de procéder rend le tout plus digeste, dans le sens où le texte prend ainsi des allures d’études sociologiques plutôt que ceux d’un ouvrage théorique purement académique.

Un style littéraire

On s’éloigne d’autant plus du ton académique que Delvaux se permet un style souvent plus littéraire, accordant autant d’importance au fond qu’à la forme. On peut ainsi lire des phrases comme :

Filles-machines, filles-images, filles-spectacles, filles-marchandises, filles-ornements… elles sont l’illusion de la perfection. Ces filles, je les voyais partout. Elles me donnaient l’impression de former à la fois un corps de ballet et une armée. Des filles-chair à canon, produites par l’usine ordinaire de la misogynie, mais qui résistent à leur chosification. Des filles qui se redressent d’entre les morts (Introduction).

Une maîtrise consommée

Les filles en série est un essai féministe à la théorie solide sans être lourd qui s’attarde à des représentations culturelles du féminin de nature diverse : écrits, films, TV, architecture, publicité, célébrités, etc. Cependant, ce qui le démarque, c’est avant tout le style d’écriture de son auteure Martine Delvaux, littéraire sans trop en faire. Ainsi, c’est avec une maîtrise consommée qu’elle montre comment

Les filles en série refusent l’immobilité. Elles refusent l’essentialisme, la loi de l’identitaire. Elles manœuvrent, proposent de fausses pistes, séduisent pour prendre au piège, usant de l’harmonie esthétique pour anesthésier leur public, comme la mante religieuse son partenaire (Conclusion).

[1] Judith Butler, « Inscriptions corporelles, subversions performatives », dans Trouble dans le genre : Pour un féminisme de la subversion, Paris, La découverte, 2005 [1990], p. 264.


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