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Avis lecture: When the Moon Was Ours, Anna-Marie McLemore

McLEMORE, Anna-Marie, When the Moon Was Ours, New York, Thomas Dunne Books, 2016, 273 p. Avis lecture sur lilitherature.com.
McLEMORE, Anna-Marie, When the Moon Was Ours, New York, Thomas Dunne Books, 2016, 273 p.

Titre: When the Moon Was Ours

Auteure: McLemore, Anna-Marie

Genre: Fantasy, réalisme magique, conte

Rating: 3 étoiles ; 7/10

Langue originale: Anglais

Édition: Thomas Dunne Books, 2016

Description: To everyone who knows them, best friends Miel and Sam are as strange as they are inseperable. Roses grow out of Miel’s wrist, and rumors say she spilled out of a water tower when she was five. Sam is known for the moons he paints and hangs in the trees, and for how little anyone knows about his life before he and his mother moved to town.

But as odd as everyone considers Miel and Sam, even they stay away from the Bonner girls, four beautiful sisters rumored to be witches. Now they want the roses that grow from Miel’s skin, and they’re willing to use every secret Miel has fought to protect to make sure she gives them up[1].


Someday, he and Miel would be nothing but a fairy tale. When they were gone from this town, no one would remember the exact brown of Miel’s eyes, or the way she spiced recado rojo with cloves, or even that Sam and his mother were Pakistani. At best, they would remember a dark-eyed girl, and a boy whose family had come from somewhere else. They would remember only that Miel and Sam had been called Honey and Moon, a girl and a boy woven into the folklore of this place (p. 1-2).

Un roman queer dans tous les sens du terme

When the Moon Was Ours (qui n’a malheureusement pas encore été traduit en français) est un roman Young Adult de réalisme magique. Anna-Marie McLemore est une auteure queer mexicaine-américaine[2]. En ce sens, son travail est inclusif ; elle tient à mettre en scène des personnages à son image. Miel est Latina, ce qui est spécialement apparent dans l’importance accordée à la cuisine, aux épices et aux odeurs ; Sam est d’héritage mixte pakistanais-américain.

When they were gone from this town, no one would remember the exact brown of Miel’s eyes, or the way she spiced recado rojo with cloves, or even that Sam and his mother were Pakistani.

Mais surtout, elle raconte l’histoire de deux personnages queers : Miel, avec les fleurs qui poussent sur son bras, est queer dans le sens d’étrange ;

She let the rose slip into the water, an offering to the mother who now lived on the wind but had died in this water. […] This was the only gift Miel could give her, the obedience of destroying the roses her mother had feared (p. 27).

Sam, un garçon piégé dans un corps de femme, est queer dans sa définition LGBTQ+[3], et plus précisément en tant que transgenre[4] (quoique le mot ne soit jamais employé, choix judicieux considérant l’indétermination encouragée par le texte).

The idea of being called Miss or Ms. or, worse, Mrs. The Thought of being grouped in when someone called out girls or ladies. The endless, echoing use of she and her, miss and ma’am. Yes, they were words. They were all just words. But each of them was wrong, and they stuck to him (p. 105-106).

Mais la quête des deux protagonistes est de même nature : il s’agit d’une quête identitaire, qui consiste à apprendre à s’accepter tel que l’on ait, dans toute son « étrangeté », sa queerness.

Un conte de fées moderne

De l’aveu de l’écrivaine elle-même et telle que l’annonce le début du roman, son travail est fortement inspiré des contes de fées.

Someday, he and Miel would be nothing but a fairy tale (p. 1). […] They would remember only that Miel and Sam had been called Honey and Moon, a girl and a boy woven into the folklore of this place.

This is the story that mothers would tell their children:

There was once a very old water tower. (p. 2).

Ainsi, When the Moon Was Ours a tout du conte moderne : le cercueil de verre de Blanche-Neige, les citrouilles de Cendrillon, les mauvais parents (ceux de Miel), la leçon (par ex., s’accepter tel que l’on ait), les repères temporels flous, mais surtout la poésie.

Un récit littéralement métaphorique

Les vers dans lesquels étaient rédigés les premiers contes, à travers un processus de modernisation, deviennent une poésie en prose. L’écriture de McClemore, en effet, est très fleurie. Si j’apprécie personnellement les plumes plus lyriques, certains lecteurs trouveront sans doute son style excessivement imagé. C’est qu’il s’agit essentiellement d’un récit métaphorique, où la métaphore prend vie, de la même manière que les émotions de Miel influent sur la couleur de ses roses ou que les secrets des filles Bonner givrent leur champ de citrouilles. En ce sens, la forme complémente le fond.

Une histoire hors du temps, intemporelle

L’écriture contribue à situer l’histoire hors du temps. Ni l’année ni l’époque exacte ne sont mentionnées. De plus, l’écrivaine a souvent recours à des marqueurs temporels flous, procédé typique des contes :

Someday, he and Miel would be nothing but a fairy tale (p. 1).

There was once a very old water tower (p. 2).

One day, they would be no more than that fairy tale (p. 14).

Par défaut, le lecteur pourra assumer que le texte se déroule aujourd’hui, mais sans pouvoir l’affirmer, surtout lorsqu’on considère l’univers du roman.

En effet, le décor dans lequel prend place l’histoire participe à l’ambiguïté : on est dans une petite ville relativement isolée, endroit naturellement propice à la rumeur et au folklore ; le monde extérieur est mentionné, mais on n’entre peu (et indirectement) en contact avec lui, si bien que la ville devient un monde à part entière, régi par ses propres lois aussi peu « réalistes » soient-elles ; les personnages n’utilisent pas vraiment de technologie très moderne, ils ne se déplacent pas en voiture, ne font pas usage de téléphones ou d’ordinateurs, etc. Cette indétermination temporelle, l’une des signatures du conte, est d’autant plus appropriée qu’elle répond à l’indétermination identitaire des personnages, spécialement dans le cas de Sam.

 

Avec When the Moon Was Ours, Anna-Marie McLemore parvient à capturer la magie des contes de fées tant par son réalisme magique que par sa plume emprunte de poésie, le tout en abordant des thèmes à la fois universels (la quête identitaire) et bien actuels (être queer de nos jours).


[1] Traduction personnelle de la présentation du roman : Pour tout le monde qui les connaît, Miel et Sam, deux meilleurs amis, sont aussi étranges qu’ils sont inséparables. Des roses poussent des poignets de Miel, et on dit qu’elle aurait été expulsée du château d’eau quand elle avait cinq ans. Sam est reconnu pour les lunes qu’il peint et accroche dans les arbres, ainsi que pour le peu que l’on sait sur sa vie avant son arrivée en ville avec sa mère.

Mais aussi bizarre que Miel et Sam puissent apparaître aux autres, même eux se tiennent loin des filles Bonner, quatre sœurs magnifiques qui seraient des sorcières selon la rumeur. Maintenant, elles veulent les roses de Miel et elles sont prêtent à utiliser tous les secrets que Miel souhaitent protéger plus que tout pour la forcer à leur remettre.

[2] WIKIPEDIA, « Anna-Marie McLemore », <https://en.wikipedia.org/wiki/Anna-Marie_McLemore> (page consultée le 31 mars 2019).

[3] « Queer est un mot anglais signifiant “étrange”, “peu commun”, “bizarre” ou “tordu”, il est utilisé pour désigner l’ensemble des minorités sexuelles et de genres : personnes non-hétéronormées, non-monoamoureuses, non-dyadiques, transgenre » (WIKIPEDIA « Queer », <https://fr.wikipedia.org/wiki/Queer> [page consultée le 31 mars 2019]).

[4] Sam est transgenre tout comme le mari de McLemore.


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