De la Vierge Mary à la femme-arbre dans Va savoir de Réjean Ducharme

Extrait : Mary l’abeille dans Va savoir de Réjean Ducharme

Va savoir de Réjean Ducharme

De la Vierge Mary à la femme-arbre dans Va savoir de Réjean Ducharme
DUCHARME, Réjean, Va savoir, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1996 [1994], 304 p.

Mamie, la femme de Rémi Vavasseur, est partie. Pas parce qu’elle ne l’aime pas, mais parce qu’elle ne s’aime pas. Elle court l’Europe et l’Afrique en compagnie de la dangereuse et blonde Raïa. Pendant ce temps, Rémi, à la campagne, accomplit des travaux surhumains pour remettre en état une ruine, à l’intention de Mamie, si elle revient, «en chair et en noces».
Dans son lotissement, appelé la Petite Pologne, Rémi se lie avec des voisines. Puis, tandis que les nouvelles de l’errance de Mamie et Raïa se font de plus en plus désastreuses, le petit monde qui entoure Rémi se défait, se disperse. Comme toujours chez Ducharme, la clownerie des personnages ne sert pas à cacher le désespoir, mais plutôt à le souligner. Ainsi qu’il est dit au début : « Il faut investir ailleurs, la vie il n’y a pas d’avenir là-dedans. »

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L’extrait du roman

De la Vierge Mary à la femme-arbre dans Va savoir de Réjean Ducharme
DUCHARME, Réjean, Va savoir, Paris, Gallimard, coll. « nrf », 1994, 267 p.

D’autant plus piquée que le pas était haut, et que je voulais me mêler de la garantir, elle a tout grimpé. Je lui ai montré le nid accroché sous la corniche, un ballon en papier magique embobiné autour d’un nombril ouvert.

« Tu vois, plus personne, elles sont parties…

– Je sais, c’est les abeilles, elles vont revenir… »

J’ai eu beau l’assurer, lui passer un papier que c’étaient des guêpes et qu’elles ont été délogées par un frelon qui a tellement grossi en bâfrant leurs provisions qu’il s’est coincé dans le trou en gigotant pour ressortir, elle n’a rien gobé […]

« Même pas vrai, c’est des abeilles, elles font du miel.

– Si on se met à appeler une mouche une abeille, un crapaud une abeille, où c’est que ça va s’arrêter, comment c’est qu’on va s’y retrouver? Prenons ta mère, comment est-ce qu’elle s’appelle?

– Abeille!… »

p. 14-15

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