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Avis lecture: Superhéroïnes, Barbi Marković

Merci aux Éditions Triptyque pour la copie surprise de Superhéroïnes de Barbi Marković.


Superhéroïnes de Barbi Marković est un roman allemand primé. Sa traduction en français par Catherine Lemieux est parue chez Triptyque le 14 août 2019. La description du livre mentionne trois « superhéroïnes », mais ce sont plutôt des sorcières. Ces dernières œuvrent dans un futur plus ou moins proche où tous les défauts de la société de surconsommation que nous connaissons sont exacerbés. Avis lecture sur lilitherature.com.
MARKOVIĆ, Barbi, Superhéroïnes, Éditions Triptyque, Collection générale, 2019 [2016], 220 p.

Titre: Superhéroïnes

Auteure: Marković, Barbi

Genre: Littérature générale, SFF

Rating: 4 étoiles ; 7.5/10

Langue originale: Allemand (trad. Catherine Lemieux)

Édition: Triptyque, 2019 [2016]

Description: Trois superhéroïnes se rencontrent dans un petit café malfamé de Vienne. Chaque samedi, elles discutent de leur sujet favori: comment utiliser à bon escient leurs superpouvoirs – la foudre et l’extermination – pour améliorer la vie de leurs proches, celle des pauvres et des laissés-pour-compte. Les trois héroïnes, immigrantes, sont extrêmement conscientes de leur statut d’étrangères. Et malgré leurs pouvoirs, elles doivent composer avec les problèmes de la vie quotidienne: emplois sous-payés, santé précaire et, par-dessus tout, leurs origines culturelles. Car il n’est jamais possible pour les trois protagonistes de se sentir chez elles, ni d’être acceptées dans la société: elles sont coincées.

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Superhéroïnes (Superheldinnen, 2016) de Barbi Marković est un roman allemand primé. Sa traduction en français par Catherine Lemieux est parue chez Triptyque le 14 août 2019. La description du livre mentionne trois « superhéroïnes », mais ce sont plutôt des sorcières. Ces dernières œuvrent dans un futur plus ou moins proche où tous les défauts de la société de surconsommation que nous connaissons sont exacerbés, ce qui est l’occasion de la critiquer grâce à un humour délicieusement cynique.

En plus de ce pessimisme primordial, ce pressentiment que rien de bon n’arriverait jamais, nous avions beaucoup en commun, toutes les trois, notamment notre intérêt pour les biographies ratées et pour l’échec (p. 21).

Une traduction de grande qualité

Je tiens tout d’abord à souligner la qualité de la traduction de Catherine Lemieux. Elle ne se contente pas de traduire le sens; il y a un travail notable au niveau du style.

Je me rappelle bien Belgrade. Lorsque je la quittai, elle ressemblait à un cratère gris creusé à même une bouse de vache encore fumante. Dans les crevasses de la bouse de vache, des âmes rachitiques capables de trahisons impensables se livraient à leur combat. Le tumulte de la ville neutralisait chaque tressaut de conscience et décourageait tout individu qui aurait encore voulu se mêler de ce qui ne le regardait pas (p. 163).

Celui qui a dit que le style d’écriture avait peu d’importance quand on veut publier à l’international car il se perdait inévitablement dans la traduction n’a clairement pas lu de romans comme celui-ci. La qualité littéraire est bien au rendez-vous et, quoique je ne doute pas que l’auteure y soit pour beaucoup, il me semble que la traduction de ce livre a dû demander beaucoup d’efforts.

« Dire » la critique sociale

La critique sociale, quoique toujours pertinente dans son propos, manque souvent de subtilité. Je comprends que certains passages sont volontairement « on the nose », mais il me semble que le problème est généralisé. Ce n’est pas au point d’en être moralisateur, mais on s’en rapproche parfois.

Ce ton, selon moi, est souvent dû au fait que l’auteure tell plus qu’elle show. En effet, elle a tendance à nous dire ce qu’ont vécu les héroïnes plutôt qu’à nous les montrer en train de le subir. Par exemple, le lecteur n’a été témoin de rien (ou presque) qui puisse correspondre à la réalité décrite par la narratrice quand elle dit :

Plus jamais nous ne gaspillerions notre temps en humiliations. […] Plus jamais nous ne tolérerions que quelqu’un nous fasse son monologue (p. 207-208).

Je comprends intellectuellement que cela doit arriver sans arrêt aux immigrants (ce qu’elles sont), mais le livre, lui, n’en fait pas la démonstration.

Les formes de Superhéroïnes

#Ville

Heureusement, l’aspect critique est mieux rendu par la forme. Je pense notamment à la manière dont le rythme effréné de la société capitaliste est rendu dans les chapitres #Vienne, #Sarajevo et #Belgrade, de longs fragments (ou courts chapitres?) dépourvus de paragraphe qui mettent en scène le cycle infernal de ce mode de vie à travers la répétition incessante d’événements / sujets.

Les petites annonces

Les petites annonces insérées dans le corps du texte – signalées par un changement dans la police de caractère – s’inscrivent dans la lignée du pessimisme du roman et participent de son humour noir.

Attention, attention, attention! Nous recherchons des travailleurs, d’éventuels collègues avec des salaires aussi bas que les nôtres. Il s’agit d’un travail sérieux avec un revenu de 500 à 2500 € par mois, voire plus (p. 104).

Les voix des dépressifs

La seule « expérimentation » qui fonctionne plus ou moins bien est celle où « les voix des dépressifs résonn[ent], sans relâche, des voix qui chant[ent] leur solo » (p. 78). Ce qui constitue ces « voix » sont des sortes de petits poèmes assez banaux.

1)

Je m’envole vers Berlin pour y rester.

Les hommes de Graz m’ont abusée (p. 79).

J’aime le concept, mais il n’est pas poussé jusqu’au bout selon moi. Le procédé aurait été plus pertinent s’il avait été réemployé ailleurs. Tel quel, le chapitre, quoique intéressant et vite lu, détonne surtout avec le reste du roman.

L’inquiétante étrangeté

Barbi Marković, en mêlant un cadre de science-fiction, une prémisse de fantasy et un propos contemporain, crée un roman à la fois familier et étrange, à l’instar de la forme inusité qu’adopte Superhéroïnes, expérimentations formelles et humour pessimiste compris.


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