Corps est un recueil sous la direction de Chloé Savoie-Bernard qui, comme son titre l’indique, réunit des textes d’auteur-e-s québécois-e-s autour de la thématique du corps. Au sommaire : « Carapaces » de Catherine Mavrikakis ; « Bestiole » de Katia Belkhodja ; « Trois amants qui m’ont fait » de Laurence Bourdon ; « Des enfants d’ailleurs » de Philémon Cimon ; « La Vénus du Nouveau-Rosemont » de Carole David ; « Papier de riz » d’Alice Michaud-Lapointe ; « A/S/V » de Marilou Craft ; « Douleurs rebelles » de Martine Delvaux ; « L’effort de guerre » de Maxime Raymond Bock ; « Extraction en cours » d’Emmanuelle Riendeau ; « Se fondre » de Chloé Savoie-Bernard ; « Édouard a 16 ans » de Kevin Lambert ; « Blancs de marbre » d’Anne-Renée Caillé ; « Mille » de Maude Veilleux. Avis lecture sur lilitherature.com.
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Avis lecture: Corps, Chloé Savoie-Bernard [dir.]

Corps sous la direction de Chloé Savoie-Bernard
SAVOIE-BERNARD, Chloé [dir.], Corps, Montréal, Éditions Triptyque, coll. « Encrages », 2018, 150 p.

Titre: Corps

Genre: Nouvelles, littérature générale

Rating: 3 étoiles ; 6.5/10

Langue originale: Français

Édition: Triptyque, 2018

Description: « Nous possédons tous un corps. Certains s’en servent comme d’une armure, d’autres y pensent assez peu. On peut le soigner, le blesser volontairement, le maquiller, le faire maigrir; il nous sert à étreindre, à vociférer. Il est notre image, mais est-il à l’image de ce qu’on croit être réellement, sous notre peau?

Je suis obsédée par l’idée du corps, ce lieu auquel on est contraint, qui nous apporte malheur et jouissance, qu’on peut moduler à l’infini en le parant, voire en l’opérant, mais qu’on ne peut jamais complètement changer. J’en parle dans tous mes textes, parfois même malgré moi, et je recherche dans les livres que je lis à voir quelle est l’expérience du corps pour d’autres écrivain·e·s. Voilà pourquoi j’ai eu envie de demander à des auteur·e·s dont j’admire le travail d’explorer aussi ce thème.

Réunissant des grands noms de la littérature québécoise contemporaine comme des auteur·e·s de la relève, Corps cherche à montrer des moments d’habitation du corps. Des auteurs l’abordent de manière frontale ; d’autres, de façon plus oblique. Rieurs et désespérés, ces textes montrent comment le fait d’habiter un corps est aussi solitaire qu’universel, aussi tendre que violent. » – C. S.-B.

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Corps est un recueil sous la direction de Chloé Savoie-Bernard qui, comme son titre l’indique, réunit des textes d’auteur-e-s québécois-e-s autour de la thématique du corps. Au sommaire, on retrouve les nouvelles suivantes :

  • Carapaces (Catherine Mavrikakis);
  • Bestiole (Katia Belkhodja);
  • Trois amants qui m’ont fait (Laurence Bourdon);
  • Des enfants d’ailleurs (Philémon Cimon);
  • La Vénus du Nouveau-Rosemont (Carole David);
  • Papier de riz (Alice Michaud-Lapointe);
  • A/S/V (Marilou Craft);
  • Douleurs rebelles (Martine Delvaux);
  • L’effort de guerre (Maxime Raymond Bock);
  • Extraction en cours (Emmanuelle Riendeau);
  • Se fondre (Chloé Savoie-Bernard);
  • Édouard a 16 ans (Kevin Lambert);
  • Blancs de marbre (Anne-Renée Caillé);
  • Mille (Maude Veilleux).

Bien que je puisse affirmer que j’ai apprécié chacun des textes, je ne m’attarderai ici qu’à ceux que j’ai préférés.

Bestiole de Katia Belkhodja

La bestiole va bien, a le bon nombre de pattes, est de toute évidence une bestiole humaine, de toute évidence une bestiole parfaite. La bestiole ne sera jamais poupée russe, ne contiendra jamais personne, il faudra s’y attendre. La bestiole parfaite dresse un bourgeon très mâle sur la photo. La technicienne est certaine ou presque que l’enfant sera un garçon, je souris parce qu’il faut sourire aux bestioles parfaites et aux techniciennes dans les petites salles sombres (p. 17).

L’extrait ci-dessus révèle comment Katia Belkhodja crée habilement une distance par son écriture et décrit parfaitement un sentiment d’ambivalence vis-à-vis de l’expérience de la grossesse qui est souvent malvenu d’exprimer, mais qui n’en est pas moins vrai.

Papier de riz d’Alice Michaud-Lapointe

Alice Michaud-Lapointe parvient à articuler, à travers la littérature, une peur qui pourra sembler incompréhensible à plusieurs personnes : la phobie du corps humain, de son propre corps, terriblement fragile et impénétrable.

Je me demande encore comment on apprend à faire confiance à son corps, à ne pas douter de lui, ne pas croire que ses desseins sont impénétrables, parfois néfastes. Comment on se résout à accepter d’en savoir si peu, au final. Ce n’est pas une question d’amour ou de haine, mais plutôt de transparence. Nos peaux, nos muscles, nos nerfs, notre code génétique conservent leurs secrets. Ils nous laissent dans le brouillard, à l’orée d’un contact qui ne se fera jamais complètement. Libres de surprendre ou de tromper, ils se dérobent aux questions impératives ou aux présages funestes. Ainsi, ces jours où l’on me fait savoir que je suis « à fleur de peau », ceux où je me sens écorchée vive – j’ai écrit écorchée vide – par tout ce qu’on a le malheur de me dire, j’ai l’impression d’arriver au plus près d’une véracité incontournable, voire d’une transparence qui m’apparaît normalement inatteignable, comme si ma peau devenait encore plus diaphane, friable et sensible, tel du papier de riz.

A/S/V de Marilou Craft

Dans ce texte rédigé dans une forme éclatée et incroyablement moderne, Marilou Craft aborde les sujets de la pilosité chez les femmes et du racisme désinvolte (casual racism).

L’auteure démontre bien comment l’obligation de se raser est symptomatique de la condition d’asservissement du féminin, notamment en décrivant de façon crue cette réalité. En tant que femme au poil foncé, je me suis particulièrement reconnue dans des descriptions viscérales comme :

Écarte les jambes tire la culotte Juste un peu pour dégager

D’abord les cloques à éclater

Le pus à essuyer

Ensuite les bosses à pincer

Pour faire émerger le sébum

Dur et lisse et satisfaisant

Avec le poil pris dedans (p. 80)

Les cas de racisme déguisé décrits par l’écrivaine, quant à eux, sentent malheureusement le vécu, impression renforcée par la forme « texto » souvent utilisée, abréviations et fautes d’orthographe comprises.

KEVIN, 31

Salut

Ta lair arabe

tes tu arabe ?

[…]

Dsl mais eu non

non merci

[…]

Avec tout ce qui se passe,

jpourai pas, ca va me bloquer

c plate mais c comme ca

[…]

Ben dsl serieux…..

mais si tes pas arabe,..

ca va non ? (p. 71)

Extraction en cours d’Emmanuelle Riendeau

Un témoignage ininterrompu (sans ponctuation), parfois vulgaire mais sans trop en faire, qui s’approprie de nombreuses expressions pour mon plus grand plaisir. J’ai surtout été séduite par le style ici.

je pourrais faire le récit de ce qu’ont été les dernières années défaire un silence trop grave pour le quotidien en éreintant sa jeunesse de tous bords raconter comment je ne suis pas devenue une fille saine et sauve réanimer ma langue éprouvée je ne suis qu’un crachat de l’histoire un reflux gastrique pogné dans l’œsophage une érection chronique (p. 101)

Édouard a 16 ans de Kevin Lambert

En très peu de mots, Kevin Lambert arrive à rendre ses personnages incroyablement humains (et donc faillibles), entre autres grâce à la normalisation du langage familier et des anglicismes par un refus de l’italique.

À 29 ans, Laurence envisage sa mort au quotidien, il se voit crever à chaque fois qu’une catastrophe le manque, à chaque fois qu’il découvre une masse de chair sous sa peau, à chaque fois qu’il prend quelques MD de trop et qu’il sombre dans un bad trip (p. 116).

Probablement le texte qui m’a le plus émue narrativement parlant.

Mille de Maude Veilleux

Maude Veilleux traite de l’envie de mourir avec une franchise décontractée qui se rapproche probablement plus de la réalité que les dramatisations que l’on en fait typiquement.

Je m’étais sentie investie d’une mission. Make it happen. Le droit de mourir dans la dignité pour les dépressifs et les anxieux chroniques. Pas besoin de faire ça dans ton bain, girl. Pas toute seule. Pas besoin de penser à la personne qui va devoir te trouver. M’imaginer mourir avec mes proches. Un processus. Un dialogue. Une vraie écoute autour du suicide. Un apaisement (p. 135).

J’ai par ailleurs bien apprécié l’incorporation d’autres formes textuelles à même la nouvelle, telles que le poème ou la lettre.

Un recueil de nouvelles avec un peu de tout

Corps est un recueil de nouvelles solide réunissant indubitablement de nombreux talents. L’ouvrage, qui contient autant des expérimentations formelles que des œuvres plus conventionnelles, en a pour tous les goûts. Quoique tous les textes tournent autour d’un même thème, les sujets ne sont pas répétitifs, chaque auteur-e apportant sa propre perspective.


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