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Extrait : Maude Veilleux parle du suicide dans la nouvelle « Mille » du recueil Corps

Le recueil Corps

Corps sous la direction de Chloé Savoie-Bernard
SAVOIE-BERNARD, Chloé [dir.], Corps, Montréal, Éditions Triptyque, coll. « Encrages », 2018, 150 p.

« Nous possédons tous un corps. Certains s’en servent comme d’une armure, d’autres y pensent assez peu. On peut le soigner, le blesser volontairement, le maquiller, le faire maigrir; il nous sert à étreindre, à vociférer. Il est notre image, mais est-il à l’image de ce qu’on croit être réellement, sous notre peau?

Je suis obsédée par l’idée du corps, ce lieu auquel on est contraint, qui nous apporte malheur et jouissance, qu’on peut moduler à l’infini en le parant, voire en l’opérant, mais qu’on ne peut jamais complètement changer. J’en parle dans tous mes textes, parfois même malgré moi, et je recherche dans les livres que je lis à voir quelle est l’expérience du corps pour d’autres écrivain·e·s. Voilà pourquoi j’ai eu envie de demander à des auteur·e·s dont j’admire le travail d’explorer aussi ce thème.

Réunissant des grands noms de la littérature québécoise contemporaine comme des auteur·e·s de la relève, Corps cherche à montrer des moments d’habitation du corps. Des auteurs l’abordent de manière frontale ; d’autres, de façon plus oblique. Rieurs et désespérés, ces textes montrent comment le fait d’habiter un corps est aussi solitaire qu’universel, aussi tendre que violent. » – Chloé Savoie-Bernard

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Extrait de la nouvelle « Mille » de Maude Veilleux

Je suis un personnage. J’ai commencé à préparer mon suicide. Je me laisse un an. Finir le livre. Ensuite, me tuer. Il faut bien prévoir. Ne rien oublier. Je dois classer les fichiers. Je rêve d’une anthologie posthume. Tous mes textes rassemblés sous une même couverture. Tout y mettre. Toutes ces pistes éclaircies par un quelconque lecteur attentif.

Je m’énerve moi-même avec le suicide. J’en ai tellement parlé. Partout. Dans tous mes livres. Durant chacune de mes nuits blanches. Deux-trois fois par semaine en hiver. Un peu moins en été. J’ai contourné le problème. Soulevé les coins. Approché doucement au début. Puis je m’y suis lancée quelques fois. Deux, officiellement. Deux petites fois ratées. C’est très difficile de se tuer. On croit qu’on peut toujours mourir. Comme ça, juste par la force de la pensée. Mais non. On ne se vide pas de son sang avec une coupure d’un pouce. On ne meurt plus de caler un pot d’antidépresseurs. On ne peut plus mourir (p. 133).

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