Featured Image Folles frues fortes
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Avis lecture: Folles frues fortes, Marie Demers [dir.]

Folles Frues Fortes
DEMERS, Marie [dir.], Folles frues fortes, Montréal, Tête première, coll. « Tête dure », 2019, 200 p.

Titre: Folles frues fortes

Genre: Nouvelles, féminisme, littérature générale

Rating: 3 étoiles ; 6.5/10

Langue originale: Français

Édition: Tête première, 2019

Description: FOLLE
La folie se présente comme un syndrome fourre-tout qui enferme les femmes dans une illégitimité chronique. En qualifiant les femmes de folles à tort et à travers, on leur retire le droit d’être blessées, en colère ou injustement traitées. Mais la folie n’est pas qu’une tare, elle est aussi moteur de création, génératrice d’idées et d’innovations.

FRUE
La femme frue, c’est la féministe enragée, la féminazie, réduite à sa seule colère. Frustrées sont ces courageuses qui continuent à lutter contre le backlash et le masculinisme rampant. En refusant de se plier au statu quo, elles se trouvent à être répudiées et dévalorisées publiquement : on les traite de mal baisées, de misandres et de… folles.

FORTE
La douceur et de la fragilité sont des attributs liés à la « vraie » féminité. En contrepartie, la force, physique et mentale, serait l’apanage du masculin. Les Fortes, qui n’ont rien des poupées de porcelaine ou des nymphettes soumises, dérangent. La Forte est un modèle de puissance, de résilience et d’audace.

Alors, et si au lieu de discréditer la folie, la frustration et la force, on s’en réclamait fièrement?

Se procurer Folles frues fortes


FOLLES
J’essaye fort, Marjolaine Beauchamp
D’une valse, Katherine Raymond
Ça va aller, Marie-Sissi Labrèche
Le bon gars, Marie Demers
FRUES
Entre votre servitude et la mienne, Marie-Ève Sévigny
Alliage, Fanie Demeule
Romanesque, Martine Delvaux
FORTES
La prophétie paternelle, Maude Lafleur
Heavy Soul, Marjolaine Beauchamp
Je ne les ai pas inventées, Catherine Mavrikakis
Langue sale, Marie Demers


Folles frues fortes est un collectif féministe paru chez Tête première en 2019. Marie Demers y réunit neuf autrices québécoises (elle-même incluse) : Marjolaine Beauchamp, Martine Delvaux, Marie Demers, Fanie Demeule, Marie-Sissi Labrèche, Maude Lafleur, Catherine Mavrikakis, Katherine Raymond et Marie-Ève Sévigny. À travers onze nouvelles, elles dénoncent les offenses faites aux femmes tous les jours.

Tchekez ben ça j’vas écrire sur la violence

Celle qu’on cherche pas

Celle qui nous abrille dès la naissance

Comme une couverte passée de mère en fille (J’essaye fort, Marjolaine Beauchamp, p. 13)

Parce que si elles se font toujours traiter de « folles hystériques » et de « femmes frustrées », …

Tu faisais ça souvent, d’ailleurs : m’enlever, me rajouter, me bloquer, me débloquer. Encore une preuve de ta folie. Un peu « hystérique », la fille. C’est notre ancien boss qui l’a dit. Et il n’a pas tort. Les femmes comme toi sont dangereuses. Leur folie est trop manifeste. La tienne, elle suinte de toi. Elle exsude de ton aura (Le bon gars, Marie Demers, p. 58).

… elles s’élèvent malgré tout par leur force de caractère.

La folie furieuse

Dans Ça va aller de Marie-Sissi Labrèche, celle-ci fait la différence entre la « folie furieuse » et les véritables troubles mentaux, parfaitement légitimes.

Ce n’est pas mes yeux ni mon nez ni ma bouche qu’on voit dans ma figure, mais un réseau de tissus nerveux. Ce n’est pas moi qui réponds quand on me parle, c’est une maladie répertoriée dans le DSM-5. Les problèmes psychologiques n’arrêtent pas de s’accumuler dans mon cerveau (p. 51).

Alors que dans J’essaye fort, Entre votre servitude et la mienne de Marie-Ève Sévigny, Langue sale de Marie Demers…

Je sais que j’ai réussi. J’ai contourné la catastrophe [le viol] en me transformant en clown grossier [en jouant la folle]. En gars grivois. Mon numéro s’achève devant les portes rutilantes de mon hostel (p. 189).

et La prophétie paternelle de Maude Lafleur, …

Ma folie était le ciseau qui me permettrait d’entailler enfin ce cordon ombilical stérile qui me liait à eux [les parents] (p. 131).

… l’insulte devient une force libératrice.

La culture du viol

Les écrivaines s’insurgent face à la culture du viol, notamment dans Le bon gars et Langue sale de Marie Demers, dans Heavy Soul de Marjolaine Beauchamp, …

Une alarme

En dedans de soi une urgence

Qui crie à tue-tête

Décalisse

Mais non

Non…

Parce que la p’tite lumière à off

Gommée dans le GHB (p. 150)

… et dans Entre votre servitude et la mienne, où une femme criminelle fictive tirée des Liaisons dangereuses nous apparaît moins coupable que Gilbert Rozon (jamais nommé, mais tristement connu au Québec), protégé par le système patriarcal.

Trente-quatre ans d’agressions, une vingtaine de victimes, quatorze plaintes au criminel, et une seule charge retenue contre lui. Il sera toujours plus facile de discréditer une femme que de punir son violeur.

Vous avez la force du nombre, et lui, celle du système (p. 69).

L’inégalité des sexes

Les autrices (s’)écrient fort pour se faire entendre, car les hommes ont beaucoup à dire sur ce qu’une femme est ou n’est pas ou sur ce qu’elle peut ou ne peut pas faire. Tout le monde sait, après tout, que

les femmes ne savent pas écrire parce que leur vision du monde n’a rien d’universel, parce que les mots d’une femme n’ont rien de romanesque, du moins pas au sens fort du terme, quand l’adjectif est attribué à des romans d’hommes, des romans qui sont vraiment romanesques, c’est-à-dire qui ne le sont jamais trop (Romanesque, Martine Delvaux, p. 108).

Même chose dans D’une valse de Katherine Raymond. Car les femmes ne peuvent pas être égales à l’homme.

L’institution, l’intelligence, ce type de reconnaissance n’existe pas, pas pour les femmes, ne sert à rien, sinon à donner l’illusion de. Parler propre et obéir. S’inventer toute une langue en cul-de-poule qui nous aurait rendus égaux. Il n’y avait rien à gagner, pas même une partie nulle. Être femme. J’aurais plutôt dû admettre que j’étais chienne, chienne trop savante, à abattre. Et au moins, pouvoir mordre (p. 29).

Ou elles pourraient, mais on ne leur en laisse pas la chance. Car pour rester en position de force, l’homme est prêt à tout, même au meurtre, surtout si on s’attaque à son territoire, par exemple le milieu de la construction, représenté dans Alliage de Fanie Demeule.

L’éloge du féminin

Mais ce recueil n’est pas qu’une critique du masculin, c’est aussi un éloge au féminin. La narratrice d’Alliage est issue

d’une longue lignée de bâtisseuses, récipiendaire du savoir des femmes du continent noyé. Celles-là mêmes ayant développé les premiers alliages (p. 87).

Catherine Mavrikakis, dans Je ne les ai pas inventées,

Comme Sei Shōnagon, [a] cultivé la passion des listes. Vous en avez la preuve (p. 178).

Ainsi, elle utilise ce mode d’écriture d’une femme qu’elle admire, Sei Shōnagon, pour énumérer les femmes de l’histoire et d’aujourd’hui, d’un peu partout, qu’elle estime tout autant.

Le sexisme contemporain raconté par les femmes

Dans Folles frues fortes, Marjolaine Beauchamp, Martine Delvaux, Marie Demers, Fanie Demeule, Marie-Sissi Labrèche, Maude Lafleur, Catherine Mavrikakis, Katherine Raymond et Marie-Ève Sévigny parlent de tout cela et bien d’autres choses. Elles défont le mythe de la maternité glorieuse, elles évoquent des sujets tabous comme la sexualité et les menstruations, elles racontent leur lutte par rapport à l’image et à l’estime de soi, etc. Il s’agit d’un collectif très contemporain, qui aborde de nombreux problèmes de la société patriarcale à travers onze textes solides aux styles variés.


ARTICLES LIÉS

Corps est un recueil sous la direction de Chloé Savoie-Bernard qui, comme son titre l’indique, réunit des textes d’auteur-e-s québécois-e-s autour de la thématique du corps. Au sommaire : « Carapaces » de Catherine Mavrikakis ; « Bestiole » de Katia Belkhodja ; « Trois amants qui m’ont fait » de Laurence Bourdon ; « Des enfants d’ailleurs » de Philémon Cimon ; « La Vénus du Nouveau-Rosemont » de Carole David ; « Papier de riz » d’Alice Michaud-Lapointe ; « A/S/V » de Marilou Craft ; « Douleurs rebelles » de Martine Delvaux ; « L’effort de guerre » de Maxime Raymond Bock ; « Extraction en cours » d’Emmanuelle Riendeau ; « Se fondre » de Chloé Savoie-Bernard ; « Édouard a 16 ans » de Kevin Lambert ; « Blancs de marbre » d’Anne-Renée Caillé ; « Mille » de Maude Veilleux. Avis lecture sur lilitherature.com.
Avis lecture: Corps, Chloé Savoie-Bernard [dir.]
Les filles en série : Des Barbies aux Pussy Riots, un essai féministe de Martine Delvaux, postule que si la figure des filles en série est héritée d’une croyance misogyne, il s’agit aussi d'un lieu de subversion. L'auteure québécoise démontre ce potentiel à travers un examen d’une variété d’objets culturels associés aux filles en série. Avis lecture sur lilitherature.com.
Avis lecture: Les filles en série : Des Barbies aux Pussy Riot, Martine Delvaux
3 femmes nues Featured Image M.I.L.F. Marjolaine Beauchamp
Avis lecture: M.I.L.F., Marjolaine Beauchamp

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