Un œil qui nous fixe
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Avis lecture : Stalkeuses, Fanie Demeule et Joyce Baker [dir.]

Stalkeuses Fanie Demeule Joyce Baker
DEMEULE, Fanie et Joyce BAKER [dir.], Stalkeuses, Montréal, Québec Amérique, 2019, 192 p.

Titre : Stalkeuses

Genre : Littérature générale (et autres), nouvelles

Rating : 3 étoiles; 6.5/10

Langue originale : Français

Édition : Québec Amérique, 2019

Description : Écrites par quinze femmes et un homme aux plumes éclectiques, les nouvelles de ce collectif nous mettent dans la peau de stalkeuses, ces femmes qui suivent leurs obsessions et qui ne s’en excusent pas. À travers leurs regards indiscrets, les stalkeuses nous confrontent à notre propre voyeurisme.

Se procurer Stalkeuses


  • Diane ne dort presque plus, Catherine Côté
  • Camping Les Cèdres, Vanessa Courville
  • Fille de la ville, Virginie Blanchette-Doucet
  • C’est réservé, Joyce Baker
  • Meurtrières, Catherine Lavarenne
  • Le jet, Fanie Demeule
  • Sitting and smiling, Maude Veilleux
  • Phase lunaire, Marie-Claude Lapalme
  • Reflets, Ariane Lessard
  • Do You Look Goth, Krystel Bertrand
  • Le goût n’a pas de langage, Ariane Gélinas
  • Gillian, Gabrielle Lessard
  • L’attention, Loic Bourdeau
  • Mon Sud-Asiatique, Christina Brassard
  • De passage, Sarah Desrosiers
  • Phoenix, Marie-Hélène Larochelle

En commençant la lecture du recueil Stalkeuses réalisé sous la direction de Fanie Demeule et Joyce Baker et paru chez Québec Amérique en 2019, je craignais vaguement que les nouvelles soient répétitives en raison de leur point de départ commun. Il n’en est rien. Bien sûr, chaque autrice (et un auteur) possède son propre style, mais ce n’est pas que cela. Le sujet lui-même est abordé sous différents angles et, contrairement aux épisodes typiques des séries TV procédurales, le but n’est pas toujours l’abus sexuel et/ou l’homicide.

La diversité des genres

Les genres varient. L’ouvrage comporte évidemment des textes plus classiques (mais non moins bons) de suspense tels que Diane ne dort presque plus de Catherine Côté, Fille de la ville de Virginie Blanchette-Doucet, C’est réservé de Joyce Baker, Meurtrières de Catherine Lavarenne, Sitting et Smiling de Maude Veilleux, L’attente de Loic Bourdeau et Phœnix de Marie-Hélène Larochelle. Parmi ceux-ci, je soulignerai Meurtrières, où la curiosité de la narratrice pour les crimes sordides, qu’elle partage avec les autres par l’intermédiaire d’un podcast, se retourne contre elle dans un twist judicieusement amené.

Voilà quelque chose qu’elle apprécie, rencontrer pour la première fois une personne qu’elle fréquente déjà depuis longtemps sur les réseaux sociaux. Avoir l’impression de connaître quelqu’un par l’information contrôlée, filtrée, et découvrir des petits détails peut-être laissés là par mégarde. On ne sait plus qui manipule et qui est manipulé, et Sandra trouve cela excitant.

Meurtrières, p. 55

Cependant, il y a également du surnaturel – dans Phase lunaire de Marie-Claude Lapalme, Reflets d’Ariane Lessard et Le goût n’a pas de langage d’Ariane Gélinas (dont j’adore le concept) – et même de l’humour délicieusement glauque – dans Le jet de Fanie Demeule, Do You Look Goth de Krystel Bertrand, Gillian de Gabrielle Lessard et Mon Sud-Asiatique de Christina Brassard.

En ce qui a trait à ce dernier genre, j’ai été particulièrement séduite par Le jet et Mon Sud-Asiatique. Le premier texte, en plus d’être hilarant – l’incipit dit tout « Quand ils pissent debout, tous les hommes sont des œuvres d’art » (p. 59) –, pose habilement le lecteur dans le rôle du voyeur qui veut découvrir le mystère. Le second, quant à lui, rend extrêmement bien l’obsession de la protagoniste grâce à la circularité de son monologue et aux répétitions textuelles.

La violence est un sujet brutal en plus. Je devrais me taire. Ne pas chercher les coups. Parce que la violence, ça se reproduit très rapidement.

La violence, c’est comme les punaises de lit. Une fois qu’elles sont installées, on peut rien faire. Ça gratte. Alors faut tout jeter.

Ça sert à rien de faire un traitement à la vapeur ou d’essayer d’obtenir les services d’un spécialiste de la lutte antiparasitaire, et encore moins de passer l’aspirateur. Il va toujours en rester une, pis celle-là va se reproduire.

Pis ça va tout revenir. Pis ça va gratter, gratter encore.

Faut tout jeter. Je sais de quoi je parle. Faut tout jeter.

Mon Sud-Asiatique, p. 157

La banalité du stalking

Enfin, en lisant Camping Les Cèdres de Vanessa Courville, Do You Look Goth, Gillian, Mon Sud-Asiatique, De passage de Sarah Desrosiers et même L’attente, jusqu’à un certain point, j’ai été frappée et troublée par la banalité du stalking. Il apparaît dangereusement facile pour une « personne normale » de passer de la curiosité à l’obsession, de franchir la ligne imaginaire de la bienséance et de devenir un stalker. Combien de mes connaissances se sont adonnées aux types de comportements mis en lumières dans ces nouvelles, notamment en ce qui concerne l’espionnage sur les réseaux sociaux et celui des vedettes?

« Si on est chanceux, ils ont pas encore lavé ses ustensiles [ceux de l’actrice Gillian Anderson]. »

Mon chum fait une blague.

Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de drôle.

Il a raison, il faut se dépêcher pendant que son siège est encore chaud.

Gillian, p. 136

Une question que tout le monde devrait se poser après la lecture de Stalkeuses : suis-je l’un·e d’entre eux/elles?

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